Le système de santé, au centre de grandes transformations

Est-ce que le système de santé peut s’adapter aux nouveaux besoins de la population qui est vieillissante ? Comment favoriser un virage vers la prévention ? Quels sont les effets des nouvelles technologies sur l’efficacité du système de santé ?

Qui n’a pas entendu parler, au cours des dernières décennies, de la réforme ou de la modernisation de notre système de santé ! Au Québec, comme ailleurs au Canada et dans d’autres pays, le système de santé subit de fortes pressions. L’engorgement des urgences et les longues listes d’attente en chirurgie sont révélateurs des difficultés du système de santé à répondre efficacement aux besoins des personnes malades. Et cela dans un contexte de ressources financières limitées et de coûts qui explosent.

Ces coûts résultent en bonne partie des avancées technologiques qui permettent maintenant de traiter des problèmes avec lesquels on devait se résigner à vivre autrefois. Que l’on pense seulement aux nouveaux médicaments, au traitement des cataractes ou au rétablissement de la mobilité grâce aux prothèses. De même, les technologies de l’information et des télécommunications peuvent améliorer grandement la productivité et l’efficacité du système de santé. Ainsi, par exemple, des projets de télésanté peuvent favoriser le maintien à domicile de personnes qui, autrement, n’auraient d’autres choix que d’être hospitalisées. On oublie cependant que ces technologies ont un prix.

Le vieillissement de la population nécessite lui aussi un changement dans les façons de faire. Actuellement, près de 14 % de la population québécoise a plus de 65 ans tandis qu’en 2030, c’est le quart des Québécois qui auront atteint 65 ans ou plus. Ce vieillissement accéléré, couplé aux avancées technologiques majeures, font en sorte que les dépenses en santé auront déjà doublé d’ici une douzaine d’années, atteignant 40 milliards de dollars. Un scénario catastrophe qui pourrait semble-t-il être évité si on faisait un virage vers la prévention et les soins à domicile. Des chercheurs ont récemment démontré tout le potentiel de ces nouvelles approches.

Désormais, les maladies chroniques ont remplacé les maladies infectieuses et les problèmes aigus comme première menace à la santé. Un système centré sur l’hôpital n’est pas en mesure de répondre adéquatement à ce type de problèmes. Mais le fait d’adapter ce système pour faire face à de nouveaux besoins demande du temps et des changements majeurs. Par ailleurs, les maladies chroniques ne sont pas inévitables, à condition de se tourner davantage vers la prévention. Ces maladies découlent souvent de notre mode de vie et de nombreux experts s’entendent pour dire que des efforts accrus en prévention pourraient ralentir la hausse des dépenses de santé.

Le système de santé doit donc composer, d’un côté, avec une forte demande pour de nouvelles technologies toujours plus coûteuses et, de l’autre, avec des besoins croissants notamment pour les services sociaux, l’hébergement et les soins à domicile. Des choix à faire qui prennent souvent l’allure d’un dilemme !

L’aménagement des soins de santé est confronté à de nouvelles réalités qui recèlent souvent une bonne part d’inconnu. D’où l’importance pour les chercheurs d’améliorer les connaissances scientifiques afin de faciliter l’adaptation du système à ces réalités. Acquérir une bonne connaissance des enjeux éthiques, sociaux, organisationnels et juridiques est essentiel à la mise en place de nouvelles formes d’organisation et façons de faire différentes.



Une réorganisation en plusieurs étapes

La réorganisation du système de santé a été amorcée il y a déjà plusieurs années. Au milieu des années 90, la vague de fusions d’établissements et de fermeture de lits de courte durée a soulevé de vives controverses. Le virage ambulatoire, d’abord lent à démarrer, a par la suite mis l’accent sur les soins des patients en externe, que ce soit pour la chirurgie d’un jour ou pour les soins donnés par les CLSC. Au tournant du XXIe siècle, le souci de passer d’un réseau d’établissements à un réseau de services guidait les efforts de réorganisation afin de rapprocher les soins du milieu de vie du patient.

Au cours des dernières années, la priorité a été mise sur la réorganisation des services de première ligne. La création des groupes de médecine de famille (GMF) est venue renforcer la première ligne comme principale porte d’entrée du système de santé. Mais au Québec, les médecins de famille ne sont pas assez nombreux pour répondre aux besoins. Le quart de la population, et même davantage dans certaines régions, n’a pas accès à un médecin de famille.

Plus récemment, la mise en place de réseaux locaux de services, avec la création des centres de santé et de services sociaux, a marqué un moment déterminant pour l’intégration des services. Cette étape donne une impulsion décisive pour le développement d’un solide réseau intégré de soins et de services au Québec.


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