La pauvreté est un phénomène qui prend des formes très diversifiées, entre autres suivant l’âge, le sexe, le lieu de résidence, etc. Un événement fortuit – une maladie, la perte d’un emploi, une rupture conjugale, etc. – peut être la cause d’un état de privation temporaire. À bien des égards, cette situation se distingue de la pauvreté qui afflige certaines familles de façon chronique et parfois de génération en génération.
La pauvreté touche de près ou de loin beaucoup plus de personnes qu’on ne le croit. En effet, une étude réalisée par Statistique Canada montre que près d’un Canadien sur quatre (24 %) a connu au moins une année de faible revenu entre 1993 et 1998. C’est le cas pour 29 % des enfants de moins de six ans.
La pauvreté n’est donc pas qu’un drame personnel. Elle est aussi et avant tout le problème de toute la société. Elle suppose des coûts importants pour l’État, non seulement pour la mise en place de programmes sociaux, mais également parce qu’il s’agit d’une forme de « gaspillage » de ressources humaines. Le fait qu’une partie de la population ne participe pas à sa pleine mesure à l’activité économique et sociale réduit d’autant notre richesse collective.
En outre, la pauvreté est très étroitement liée à de nombreuses autres difficultés qui ont un coût élevé à long terme pour les individus affectés et l’ensemble de la collectivité : un état de santé physique et mental plus précaire, une espérance de vie plus courte, des retards de développement plus nombreux chez les enfants, des risques élevés de décrochage scolaire, etc.
Le Québec intervient depuis longtemps pour contrer le phénomène de la pauvreté. En 2002, il s’est donné une Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Néanmoins, malgré les milliards dépensés, la pauvreté persiste.
Il est difficile de savoir jusqu’à quel point les programmes d’aide sont efficaces, lesquels devraient être bonifiés et étendus, lesquels sont à revoir et à modifier, et comment. Certaines initiatives communautaires offrent des pistes de solution intéressantes mais on ignore parfois quels sont les facteurs déterminants de ce succès. D’autres sociétés ont entrepris des démarches efficaces et inspirantes qui nécessiteraient fort probablement des ajustements pour être adaptées à la situation québécoise.
Les sciences humaines et sociales (sciences de l’éducation, économie, sociologie, etc.) contribuent à fournir des réponses à ces interrogations. En effet, elles aident à mieux comprendre le phénomène dans ces multiples facettes et à en évaluer plus précisément les répercussions sur les individus et les collectivités. En assurant un transfert des résultats de recherche aux intervenants, ceux-ci sont mieux outillés pour mettre au point des approches nouvelles et lutter plus efficacement contre la pauvreté.
Une stratégie québécoise de lutte contre la pauvreté
Suite à l’adoption de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, le gouvernement du Québec a mis en œuvre une stratégie d’action intitulée « La volonté d’agir, la force de réussir ». Cette stratégie est innovante à plusieurs égards. Elle vise à agir simultanément sur plusieurs dimensions : l’éducation, la santé, l’emploi, le logement, etc. Elle innove également en affirmant que la lutte contre la pauvreté passe par la participation citoyenne, soit l’engagement des personnes en situation de pauvreté, des communautés et en définitive, de l’ensemble de la société. L’objectif de cette stratégie est de faire de la société québécoise, d’ici 10 ans, une des nations industrialisées comptant le moins de pauvreté.