La pauvreté au rythme des parcours de vie

Depuis plusieurs années, le Canada jouit d’une santé économique exemplaire. Cela n’empêche pas la pauvreté de constituer, selon un rapport de l’ONU, un problème inquiétant. Environ 2,3 millions de Canadiens souffrent d’insécurité alimentaire et près de 40 % des personnes qui ont recours aux banques alimentaires sont des enfants ou des jeunes. Ce phénomène pourrait-il avoir des effets à long terme au point de compromettre l’avenir des générations futures ?

« Lorsque des familles disposent de revenus inférieurs à ce qu’il faut pour vivre, cela entraîne une grande vulnérabilité chez les enfants. La pauvreté a des conséquences importantes sur la santé, l’éducation et le développement. Quand les gouvernements mettent en place des programmes pour réduire la pauvreté et les inégalités, des retombées bénéfiques sont observées pendant plusieurs générations. À l’inverse, si aucun investissement social n’est fait, ce sont plusieurs générations de personnes vulnérables qui entrent dans la spirale d’une vie pauvre et précaire », explique Paul Bernard, professeur et chercheur au Département de sociologie de l’Université de Montréal. Ses travaux portent depuis plusieurs années sur les questions de pauvreté.

Construire une vie, c’est très long. Une foule de circonstances peuvent évoluer en mieux ou en pire, au fil du temps. Des recherches ont montré que la pauvreté est associée au parcours de vie des gens, à leur santé, à leur travail, à leur vie de couple, à leur entourage. « La vie d’un individu est liée à celle des autres, en grande partie à travers les relations familiales et les générations. Le parcours de vie d’une personne est profondément influencée par ceux des membres de sa famille et vice versa », souligne Paul Bernard.

Que l’on pense seulement aux difficultés conjugales qui mènent souvent à des ruptures d’union et à la formation de familles monoparentales dans lesquelles la pauvreté peut être d’assez longue durée. De même, la conciliation entre le travail, surtout s’il est précaire, et les responsabilités familiales peut créer beaucoup de pression au point d’entraîner des problèmes de dépression ou d’épuisement et de perturber le parcours professionnel. Sans compter que des problèmes de santé peuvent aussi conduire la personne à perdre son emploi.

D’autres facteurs comme l’analphabétisme peuvent également confiner des individus dans des emplois précaires ou même les rendre incapables de fonctionner en société. « Il arrive souvent que ces gens, moins éduqués et moins bien outillés pour faire face à différentes situations, n’arrivent plus à prendre leur vie en main. De plus, ils ont également de la difficulté à soutenir leurs enfants d’âge scolaire et à leur éviter de se retrouver dans le même cercle vicieux de pauvreté, fait remarquer monsieur Bernard. En somme, c’est la vigueur et le dynamisme de toute la société qui en souffrent. Elle devient, petit à petit, un peu plus pauvre. »

« Nos recherches montrent qu’au lieu de laisser certaines personnes à risque basculer dans la pauvreté, il est plus avantageux à tout point de vue qu’elles demeurent un actif pour leur communauté et pour la société. Quand on remet des gens en piste grâce à des investissements sociaux, cela a des répercussions bénéfiques sur les enfants, les proches, l’entourage et, au bout du compte, sur toute la société, fait valoir Paul Bernard. Ils peuvent devenir des parents mieux informés, des travailleurs plus compétents, des citoyens avertis. »

Pour en savoir plus :

Centre Léa-Roback de recherche sur les inégalités sociales de santé de Montréal

Institut national de santé publique du Québec

Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques


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